0x04.01 - Premier mois à l'Académie

Erin et Cerise partageaient leur chambre depuis presque un mois.

Seth Glickman @flickr
Seth Glickman @flickr

Elles n’avaient pas revu Phyl depuis un moment. Ils s’apercevaient en cours, puisqu’ils étaient dans la même classe, mais il passait le plus clair de son temps avec ses camarades de chambre.

— « Au début, je pensais que vous étiez ensemble, dit Cerise à Erin.

— Pourquoi ça ? Phyl est juste un copain. On étaient dans la même école et on se voyaient au fablab, on a passé le concours ensemble ensemble, et c’est tout... Pourquoi ? répondit Erin.

— Vous êtes arrivés ensemble. Vous aviez l’air vachement proches. Et puis, j’aurais juré que Phyl en pinçait pour toi. »

— Ben, si on est arrivés ensemble, c’est que l’Académie a organisé ça comme ça... On n’a pas eu trop le choix. »

Erin s’était effectivement posé la question. Sa relation avec Phyl était ambivalente. Des fois, ils étaient très proches. Et elle aimait son côté émerveillé de tout. Phyl avait tendance à s’enthousiasmer rapidement, à se fasciner pour pleins de choses… Il vivait de manière intense. Et c’était rafraîchissant pour Erin qui était très terre à terre.

Et certaines fois, Phyl semblait ne plus supporter Erin. Il ne lui parlait plus, sa présence semblait le mettre mal à l’aise. Erin soupçonnait Phyl d’être jaloux d’elle et de la facilité avec laquelle elle abordait l’informatique.

Peu de temps après, ils se recroisaient, rediscutaient, et tout redevenait comme avant. Jusqu’à ce que ça recommence. Erin ne savait pas trop si elle devait continuer à fréquenter Phyl. Un de ces jours, il faudrait qu’elle prenne le temps de réfléchir à la question.

Mais son emploi du temps depuis son arrivée avait été très chargé, et les rares moments de repos qu’elle s’était accordé avaient consisté à rattraper le retard de sommeil qu’elle avait accumulé.

Il y avait d’abord eu Cerise. Être sa camarade de chambre n’était pas de tout repos. Celle-ci avait décidé de profiter de tout ce que proposait l’Académie. Et avait traîné Erin de discothèques en bibliothèques et de bibliothèques en salles de sport. Elle avait l’intention de tout tester.

Cerise était débordante d’entrain. Pour ça, elle ressemblait à Phyl. Sauf qu’elle était contente d’être elle-même, bien dans sa peau et se moquait royalement de ce qu’Erin pouvait faire pendant les cours.

Il y avait également les cours de l’académie. La première semaine avait consisté en une mise à niveau du point de vue informatique. Afin d’homogénéiser les niveaux disparates des élèves.

Ils avaient découvert le matériel dernier cri de l’Académie, fait le point sur les systèmes d’exploitation existants, et leurs spécificités et vu à une vitesse vertigineuse les langages de programmation existants. Tout cela étant des notions « basiques » que l’on considérait comme acquises.

Pendant la seconde semaine, ils avaient eu de nombreux cours sur les langages de programmation dit «bas niveau», tels que l’assembleur, et ceux proche de la machine tels que le C et le C++. Ça, ça avait été plus difficile. Peu d’étudiant avait eu ce genre de cours avant et beaucoup étaient largués.

La semaine dernière, ils avaient revu les bases du réseau.

Les cours s’enchaînaient à une vitesse folle. Cela leur laissait peu de temps de loisirs. Et ces temps étaient grandement occupés par Cerise.

On leur avait dit qu’après ces semaines de remise à niveau, ils reverraient ces mêmes matières, mais de manière plus détaillée. Il était évident que l’on ne pouvait pas faire le tour d’un langage de programmation en une seule semaine, et que seule l’expérience les aiderait acquérir véritablement les compétences.

Cette semaine, ils avaient abordé la réalité virtuelle. Dans un premier temps, via un casque, comme celui de l’évaluation. Puis, on leur apprit qu’il existait un moyen beaucoup plus efficace de communiquer avec la machine et de s’immerger dans l’environnement virtuel.

Celui-ci nécessitait l’implantation d’une puce électronique dans le cerveau. Cet implant devait permettre une communication directe entre le cerveau et l’ordinateur sans passer par les sens. Et permettait donc une immersion totale, car le cerveau n’était ainsi plus brouillé par les données fournies par les sens non utilisés par le casque de réalité virtuel, tels que l’odorat, le goût ou le toucher, ou même les informations fournies par l’oreille interne. Il allait sans dire que existence de cet implant devait rester secrète.

On ne leur avait pas vraiment laissé le choix. Les élèves étaient passés un à un à hôpital, et étaient ressortis avec un implant, posé juste derrière l’oreille. Combiné à un casque, il devait permettre de communiquer via des ondes radio à l’ordinateur.