0x04.02 - Le jour de l'implant

Cela faisait quelques heures maintenant que Erin était sortie de l’hôpital. L’intervention avait été relativement longue, car elle touchait une zone sensible et le moindre faux pas pouvait générer des conséquences dramatiques ou rendre les élèves paraplégiques.

@ pixabay
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Ceux-ci étaient ensuite gardés en observation pendant une journée complète avant qu’il ne leur soit permis de sortir. Cette semaine, ils avaient quartier libre.

La communication avec sa puce avait été testée juste avant la sortie de l’hôpital, via un petit programme dédié. Par contre, afin d’atteindre une totale adaptation de la puce et une bonne cicatrisation, la puce ne serait pas utilisée avant la semaine suivante dans les cours de réalité virtuelle.

La cicatrice derrière l’oreille grattait Erin, qui tenta de focaliser son attention sur autre chose. Elle n’aimait pas du tout l’idée de ce corps étranger, et encore moins au niveau d’une partie si sensible que son cerveau.

Mais après avoir été si loin, il ne serait venu à l’esprit de personne d’abandonner. De plus, il paraissait évident que l’ENISA n’aurait pas accepté facilement de désistements maintenant que le projet clef de l’Académie avait été dévoilé. Maintenant, ils le savait : c’était cette technologie que l’on avait cherché à dissimuler derrière tous les documents confidentiels.

Erin se promenait devant l’hôpital. Il y régnait une grande agitation. De nombreux étudiants entraient et sortaient, ainsi que des membres du personnel.

Elle se fraya un chemin jusqu’à l’accueil et demanda où se situait le lit de Cerise. Celle-ci avait été opérée il y avait quelques heures, et lui parler pourrait l’aider à se changer les idées.

On le lui indiqua, en lui demandant de ne pas rester longtemps, et Erin se faufila jusqu’au lit de Cerise.

— « Salut Cerise. La forme ? demanda Erin, plus pour parler qu’autre chose.

— Couci-couça, répondit une Cerise au teint blafard.

— Oui, je sais, ça fait bizarre, dit Erin. Ils t’ont déjà fait le test de connexion pour savoir si ta puce était bien opérationnelle ?

— Oui, il y a peu.

— Du coup, tu ne devrais pas tarder à pouvoir sortir de là. C’est bon signe. Qu’est-ce que tu dirais qu’on aille se faire un smoothie au café après ?

— J’ai pas très faim, répondit Cerise.

— Comme tu veux, je me disais juste que ça te changerait les idées. En tout cas, si ça peut te consoler, les effets secondaires de l’opération s’estompent plus rapidement que l’on pourrait s’y attendre, lui dit Erin.

— Au fait, j’ai cru comprendre que Phyl était dans l’hôpital, tu pourrais peut-être voir comment il va ?

— Oui, je pourrais faire ça. Mais depuis qu’on est à l’Académie, il ne s’est pas trop occupé de nous, alors je vois pas trop ce que j’irais y faire…

— Tu sais, Erin. Phyl est peut être exubérant dans son genre et aussi très orgueilleux, mais je crois qu’il tient à toi.

— Oui, tu me l’as déjà dit.

— Alors va le voir, répondit Cerise. Elle lui fit un clin d’œil. Si c’était moi, j’irais le voir sans hésiter. Et comme je sais que dans ces moments là, tu ne sais pas trop comment réagir, je te dis juste ce que je ferais moi. »

Erin laissa Cerise se reposer et se demanda si elle allait aller voir Phyl. Effectivement, Cerise avait l’air de beaucoup apprécier Phyl, même s’ils ne se croisaient que rarement, et il était évident que si elle était à la place d’Erin, elle aurait bondi pour aller le retrouver. Mais Erin ne savait pas trop.

Ses pas la dirigèrent au hasard dans l’hôpital, et en arrivant vers la sortie, elle tomba justement sur Phyl qui venait de sortir.

— « Alors comme ça, tu étais dans l’hôpital et tu n’es même pas venu me voir, lui reprocha-t-il en rigolant.

— J’étais venu voir Cerise, je savais qu’elle venait de subir l’opération parce qu’elle est ma colocataire. J’en savais rien pour toi, parce que de toute façon, ça fait un moment qu’on s’est pas vu, répondit froidement Erin.

— Oui, je sais. On a tous été très occupés ces derniers temps. Erin, je te chambrais, et tu prends tout tellement sérieusement.

— Excuse-moi d’être sérieuse, répondit Erin encore plus froidement.

— Dit, Erin, est ce qu’on arrivera à se comprendre un jour et à communiquer sereinement ? lui dit Phyl.

— Je sais pas Phyl, j’ai l’impression que des fois, ça passe bien, des fois ça passe pas. Et ces derniers temps, ça passe apparemment pas.

— Oui, c’est ce qu’il me semblait, dit Phyl, un peu déçu. Bon, mes colocs m’attendent, je veux pas les inquiéter, ils savent que je suis sorti de l’hôpital et ils m’attendent. Erin, on se retrouve au pub tout à l’heure ? Ça te dit ?

— OK, Phyl. Vers 18h, ça te va ?

— OK. »

Et Phyl partit tout sourire, en laissant Erin seule dans le flot de personnes sortant de l’hôpital.

OK, Cerise avait raison. Phyl s’intéressait à elle. Et alors, que faire ? Ils n’étaient manifestement pas sur la même longueur d’onde.

Erin se demandait s’il serait possible de se mettre en couple avec quelqu’un qui la jalousait et si ce couple pouvait tenir sur la longueur... Bah, advienne que pourra. Elle irait au rendez-vous. Après tout, vu que c’était son initiative, peut-être qu’il ferait un effort… Et puis, rien ne disait que ça irait plus loin, c’était peut être juste un verre entre copains et Cerise lui avait peut-être monté la tête…

Erin sorti de la petite ville et retourna à son dôme. Ici aussi, il y régnait une drôle d’agitation. Comme il n’y avait pas de cours, la plupart des étudiants zonaient à droite à gauche. Certains d’entre eux étaient déjà sortis de l’hôpital, d’autres allait y rentrer d’ici la fin de la semaine afin de recevoir leur implant.

Erin n’aimait pas du tout le fait d’avoir cet implant, elle ne maîtrisait pas ce que les docteurs avaient introduits dans son cerveau.

Secouant la tête, elle se dirigea vers sa chambre. Elle avait hâte que Cerise sorte de l’hôpital. L’ambiance était stressante, et sa bonne humeur lui manquait.

Elle se mit sur son ordinateur et hésita longtemps à tester ce nouvel implant. Les docteurs lui avait bien conseillé d’attendre le début de la semaine prochaine et les premiers cours, afin que, d’une part, la cicatrisation soit bien entamée, que l’implant soit totalement accepté par l’organisme, et d’autre part, pour qu’ils puissent avoir les premiers cours expliquant comment s’en servir et ne pas faire d’impair.

Finalement, Erin se rangea à l’avis des médecins. Déjà que cet implant ne l’inspirait pas, elle ne tenait pas à générer des complications. Après tout, l’intégrité de son cerveau était en jeu.

Erin alluma tout de même son ordinateur. Elle n’avait pas envie d’aller flâner dans la ville. Pas sans Cerise en tout cas ;Revenir à ses anciens réflexes et zoner sur son ordinateur lui paraissait la chose à faire. Sauf qu’ici, elle le savait bien, tout était surveillé. Elle n’avait pas un accès à internet illimité, seuls quelques sites étaient disponibles.

Il lui était impossible de communiquer avec sa famille ou ses anciens collègues. Aucune messagerie ne passait à travers les filtres mis en place sur le réseau, et elle ne pouvait accéder à aucun site qui lui permettrait de communiquer, que ce soit un forum, un tchat ou même un blog acceptant les commentaires.

L’Académie avait mis en place son propre moteur de recherche afin de simplifier les recherches sur les sites autorisés. Erin passa un grand moment de son après-midi à tenter de trouver des sites un peu plus intéressants et prometteurs via ce moteur de recherche.

Un de ces jours, une fois qu’elle aurait suivi les cours de réseau et de cybersécurité, elle se pencherait sur les règles du pare-feu régissant le réseau de l’Académie. Peut-être qu’alors, elle finirait par trouver un moyen de contourner le tout, et de pouvoir aller voir ne serait-ce que les sites web de ses groupes de musique préférés ou des sites de news.

Être surveillée par l’Académie en permanence lui tapait sur le système. Tout était mis en place afin de fliquer leurs moindres faits et gestes : on surveillait leur accès internet, la communication vers l’extérieur était exclusivement papier, le courrier entrant comme sortant était ouvert et passé à un comité de censure, afin de vérifier qu’aucune information ne filtrait.

Afin d’accéder aux différentes activités proposées dans la ville, elle devait se munir de son badge, du coup, l’académie savait exactement à quelle activité elle avait participé, et à quelle heure. Ils pouvaient avoir son emploi du temps complet, et déduire des habitudes.

Ce qui voulait sûrement dire que si ses habitudes changeaient de manière anormale, la direction serait prévenue et elle serait encore plus étroitement surveillée. Et réfléchir à tout ça lui donnait le vertige.

Erin se demandait si d’autres élèves ressentaient le même malaise. Et si elle était fliquée même dans sa chambre. Prise d’un doute, Erin commença à farfouiller sa chambre à la recherche de caméras. Elle n’avait aucune envie d’être filmée dans son intimité.