0x04.03 - Rendez-vous

Erin venait de passer sa chambre en revue et de s’assurer qu’il n’y avait aucune caméra lorsque Cerise entra dans la pièce. Elle avait été autorisée à regagner sa chambre.

aprilsylvester @pixabay
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Cerise avait rencontré Phyl sur le trajet et ils avaient discuté; Il lui avait dit qu’il avait invité Erin à prendre un verre. Cerise était contente pour Erin, mais en même temps un tout petit peu envieuse. Elle aimait beaucoup Phyl et aurait donné n’importe quoi pour se trouver à la place d’Erin. Cerise avait beaucoup d’admirateurs à l’Académie, mais celui qui l’intéressait, c’était Phyl. Erin pensait que c’était dû à leurs caractères. Elle avait toujours pensé que Cerise et Phyl avait un caractère très proche et devraient s’entendre à merveilles, mais allez savoir pourquoi, c’était sa compagnie à elle que Phyl recherchait.

Cerise était vraiment une super amie, malgré son envie, elle se contenta simplement d’aider Erin à se préparer.

— « Tu sais, Erin, je vais être honnête avec toi. J’aurais bien aimé que ça soit à moi que Phyl propose d’aller boire un verre. Mais comme c’est à toi, y a pas de problèmes. Je voulais juste que tu le saches, dit Cerise. Les choses sont beaucoup plus simples lorsque l’on est honnête avec les autres et avec ses propres sentiments.

— Je te remercie, lui répondit Erin. J’ai beaucoup de chance d’avoir une amie aussi honnête que toi. Et pour être aussi honnête avec toi, je ne sais pas trop où j’en suis avec Phyl. Quand j’ai l’impression que nous sommes sur la même longueur d’ondes, il se passe un couac et on se ré-éloigne. Je ne sais franchement pas si on devrait continuer à se voir, ou si on devrait partir chacun de notre côté.

— Je vais te dire ce que je ferais moi à ta place, et après tu choisiras. Perso, je tenterais le coup. Et si ça marche pas, c’est que ça devait pas marcher. Mais au moins, tu n’auras pas de regrets de ne pas avoir essayé.

— Merci Cerise. »

Les filles continuèrent à papoter pendant un moment, jusqu’à ce qu’il soit presque l’heure.

— « Bon courage, Erin. Perso, je vais sûrement aller me coucher et dormir jusqu’à demain. J’ai encore du mal à me remettre de l’opération.

— OK, ça marche, je fais pas de bruit en rentrant. À tout ! », répondit Erin.

Erin prit le couloir du dôme Jacquart et entra dans le dôme France. L’agitation de l’après-midi était retombée. La plupart des étudiants rejoignaient les dortoirs, l’ambiance de cette semaine n’était pas vraiment à la fête.

Plus aucun étudiant ne serait opéré ce soir, pour qu’il n’y ai pas d’erreurs lors des opérations dues à la fatigue. Ceux qui n’avaient pas eu la chance d’être libérés avant vingt heures ce soir passeraient la nuit dans les dortoirs de l’hôpital.

Erin sorti. L’air était frais en cette fin de journée et convenait totalement à l’ambiance et à ce qu’elle ressentait. Elle se dirigea vers la petite ville. Il n’y avait pas grand monde sur le chemin.

— « Après tout, effectivement, pourquoi ne pas essayer ? Si ça doit marcher, ça marchera, et si ça marche pas, c’est ce que ça devait pas se faire, mais ça pourra rester un bon souvenir », se dit Erin.

Cerise avait raison. Elle profitait de la vie et la prenait comme elle venait et avait l’air d’être toujours de bonne humeur. Erin se rendit compte qu’elle ralentissait au fur et à mesure qu’elle approchait du café… Elle reprit son pas habituel et fit les quelques mètres qui la séparait encore du pub d’un pas résolu. Devant le porche, Phyl l’attendait.

— « Salut Erin, j’espérais que tu allais venir, lui dit Phyl.

— Je t’ai dit que je viendrais, donc je viens, lui répondit Erin, qui se reprocha aussitôt son ton sec.

— OK. C’est cool alors. Entrons donc prendre un verre ».

Phyl attrapa Erin par le bras, qui rougit, et l’amena dans un coin du pub. Ils s’assirent à une table et commandèrent à boire.

— « Écoute, je sais que j’ai pas forcément été super sympa ces derniers temps avec toi, c’est pour ça que je me demandais si tu viendrais. Je sais pas si moi, je ne me serais pas laisser lambiner bêtement pendant un temps bête devant la porte, histoire de me venger…, commença Phyl.

— Oh, tu sais, je suis pas comme ça. Si je dis que je viens, je viens, si j’ai un empêchement, je trouve un moyen de te le faire dire.

— Oui, je sais. Et c’est exactement pour ça que je t’apprécie énormément. »

Les deux jeunes gens se regardèrent un moment. Sans savoir trop quoi répondre. Puis Phyl changea de sujet.

— « Euh… Il parait que Cerise est sortie de l’hôpital. J’espère que tout s’est bien passé pour elle.

— Oui, elle avait l’air d’aller bien. Juste très fatiguée. En tout cas, elle a gardé sa bonne humeur habituelle, donc c’est bon signe, répondit Erin.

— Tant mieux. Tu en penses quoi, toi, de cette puce. On nous a pas forcément laissé ni le temps d’y réfléchir, ni le choix pour l’avoir.

— Perso, ça me gêne. Dans tous les sens du terme. Là, la cicatrice me gratte énormément. Mais ce qui me gêne, c’est qu’ils se sont servi de notre envie de rester ici, du fait qu’ils nous ont fait signer un nombre incalculables de papier de confidentialité, et qu’on sent leur regards dans notre dos tout le temps, afin de nous empêcher de reculer… J’ai l’impression que l’on nous a pris en otage afin de nous implanter cette puce sans que l’on puisse vraiment dire non.

— Oui, c’est vrai. Je ne connais personne ici qui aurait dit non. Mais après, c’est peut être justement ça, l’élément confidentiel qui nécessite tout ce secret. Peut-être qu’ils ont découvert une puce qui permet une telle interaction avec la machine qu’il ne veulent pas que les autres puissances mondiales soient au courant.

— Possible… Erin fit une pause. Mais ça te gêne pas, toi, la manière dont ça a été fait ?

— Non, pas vraiment. On était OK dès le début pour tester cette techno. De toute façon, j’étais là pour apprendre et m’investir à fond. Si ça doit en passer par là pour continuer, moi je fonce. Maintenant que la puce est là, je préfère faire avec que me poser des questions. »

Phyl posa sa main sur la main de Erin.

— Écoute, Erin. C’est pas forcément le genre de conversation que j’avais en tête pour ce soir. Il faut toujours que tout soit trop sérieux. »

Phyl fit une petite pause. Erin ne savait pas trop quoi faire de sa main, et la laissa à sa place, le temps que Phyl continue.

— Erin. J’ai bien réfléchi ces derniers temps, et dieux sait que ce n’est pas forcément mon fort, dit-il en essayant d’être drôle... Bon, OK, c’était pas drôle... Je me suis rendu compte qu’à chaque fois que je me mettais en colère et que j’essayais de mettre de la distance entre nous, peu de temps après, j’avais très envie de me rapprocher à nouveau et de te revoir. J’aimerais savoir ce que tu penserais du fait que l’on sorte ensemble. Voilà, c’est dit. »

Erin s’était attendu à quelque chose du genre, mais pas forcément aussi direct… Elle prit un peu de temps pour trouver les mots.

— «Phyl, moi aussi j’aime bien ta compagnie, mais ces derniers temps, c’est soit on s’entend super bien, soit on se voit plus pendant des jours. J’ai un peu du mal à savoir du coup si j’ai envie ou non d’aller plus loin.

— Écoute, je me suis rendu compte que c’est moi qui t’éloignais à chaque fois. Et que c’est moi qui faisais n’importe quoi et qui était désagréable. Et puisque je suis là, à te poser la question, c’est que je suis résolu à ce que ça n’arrive plus.

— Alors, moi ça me va. On peut sortir ensemble, et on voit où ça nous mène. OK ?

— OK. »

Ils finirent de siroter leur boisson en silence. Puis d’un commun accord, sortirent du pub et se dirigèrent vers le cinéma, pour attraper la prochaine séance.