0x05.05 - Café Lecture

Erin n’était pas d’humeur à aller bêtement dans sa chambre pour attendre un coup de fil de l’hôpital, qui n’arriverait sûrement pas avant des heures. Elle se dirigea donc au hasard des allées de la foire. Enfin, au hasard n’était pas vraiment le mot; instinctivement, elle évitait la foule, et choisissait les allées les moins surchargées de monde.

klimkin @ pixabay
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En bout d’allée, dans une zone où il y avait beaucoup moins d’étudiants et d’animation, elle arriva sur un petit stand à l’allure sympathique. Il s’agissait d’un café lecture. On arrive, on prend un bouquin dans une des étagères, puis on lit en sirotant sa boisson. Le stand n’attirait apparemment pas grand monde, mais il attirait Erin comme un aimant. C’était le genre de stand qu’elle aimait.

Erin s’approcha, farfouilla dans les bibliothèques. Mais c’était bizarre; Il s’agissait de livres en grande partie rapiécés. Erin attrapa un livre au hasard, et alla s’asseoir dans un coin.

1984 ? Que venait donc faire ce livre ici? Il était étonnant que l’Académie ait permit à ce genre de livre d’arriver ici. Un livre sur une société de surveillance, de réduction des libertés et de censure ne pouvait que donner des idées aux étudiants…

Erin se cala dans son fauteuil, commença à feuilleter le livre. Un serveur apparu devant elle.

— « Vous voulez boire quelque chose ? demanda-il.

— Un café s’il vous plaît.

— L’endroit vous plaît ? La sélection de livre aussi ? » lui demanda-t-il en faisant un clin d’œil.

Erin fut un peu surprise, regarda derrière elle pour savoir si le clin d’œil lui était destiné. Bon, apparemment, le clin d’œil était pour elle. Elle répondit calmement.

— Oui. Une sélection très surprenante en effet, mais rafraîchissante.

— Content que ça vous plaise. Je vais vous chercher votre café. »

Lorsque le serveur lui apporta son café, Erin était plongée dans le bouquin. Quelques minutes plus tard, un étranger lui demanda s’il pouvait s’asseoir à sa table. N’y voyant pas inconvénients, elle accepta.

Elle dévisagea et fut surprise de s’apercevoir qu’il ne devait pas être un des étudiants. Et, elle ne pensait pas qu’il soit un professeur. Elle ne pouvait pas en être sure, car vu le nombre de personnes à l’Académie, elle ne pouvait pas connaître tout le monde, mais un petit quelque chose dans cet étranger lui donnait un air, justement, étranger, à l’Académie.

— « Je vois que vous avez des lectures intéressantes, lui dit-il.

— Oui. C’est un bon livre, répondit-elle.

— Et vous en pensez quoi ? »

Question piège. Erin hésita. Et si c’était ce fameux groupe de surveillance de l’Académie, et qu’on cherchait à la tester ? Et ben, qu’on la teste. Après tout, on ne pouvait pas lui retirer sa liberté de penser.

— « J’en pense que c’est bon d’avoir sa liberté. » La réponse était simple, mais elle disait ce qu’elle voulait dire. Elle montrait également qu’elle n’avait pas forcément envie d’en parler plus.

— « Et vous trouvez que vous en avez, ici, de la liberté ? lui insista-t-il.

— Effectivement, l’endroit manque de liberté. Mais en même temps, on y vit une aventure unique.

— Vous trouvez que ça justifie de vous priver de vos libertés et de vous implanter une puce contre votre volonté ?

— Comment savez-vous pour la puce ? Je croyais que ce qui se passait à l’Académie restait dans l’Académie ? lui dit-elle. Vous êtes là pour me surveiller ?

— J’ai mes sources. Et si ça peut vous rassurer, je ne suis pas de l’Académie, je ne vais pas vous dénoncer pour ce que vous pensez. »

L’étranger lui tendit un papier.

— « Si un jour, le désir vous prenait de penser différemment de ce que l’on vous demande, vous avez ici un moyen de contourner le pare-feu, enfin suffisamment pour rejoindre le Darknet. Sur les tchat, demandez Kwier. »

L’étranger se leva et laissa Erin seule avec son bout de papier.