0x0a.06 - ronde de nuit

Le soir arriva. Les filles attendirent patiemment jusqu’à 22h, puis encore un moment, que le surveillant valide qu’elles étaient bien dans leur chambre. Et puis encore un peu, que la ronde des surveillant se termine.

Hyacinthe C @ flickr
Hyacinthe C @ flickr

Suivant le plan prévu, Cerise sortit de la chambre. Elle alla droit sur le surveillant, et lui demanda de l’accompagner jusqu’aux toilettes. Celui-ci jeta un œil autour de lui, mais comme il était seul, il ne pouvait pas à la fois surveiller le couloir et accompagner Cerise.

Il ne pouvait pas lui interdire d’y aller; Il acquiesça. Et tout deux partirent en direction des toilettes. Erin sortit de sa chambre, et chercha un endroit dans le couloir lui permettant de rester discrète. Et attendit que Cerise et le surveillant reviennent. Cerise avait l’art de parler pour ne rien dire et de maintenir l’attention sur elle, ce qui avait permis de décontenancer le garde suffisamment pour qu’il ne voit pas Erin, occupé qu’il était à regarder Cerise gesticuler. Erin fila vers les toilettes, grimpa sur le rebord du lavabo, et atteignit la lucarne. Elle se faufila à extérieur. Pierre y avait laissé la fausse carte, qu’elle récupéra facilement.

Elle ne savait pas trop comment elle arriverait à retourner dans la chambre. Malgré toutes leurs idées, les filles n’avaient pas réussi à trouver de plan convaincant, mais ça, on verrait plus tard.

Erin, tout de noir vêtue, tacha de se fondre dans le décor, et arriva tant bien que mal, en vue du bâtiment administratif. Ils en avaient discuté ensemble sur #freedomnia et il leur avait semblé judicieux de tenter de rentrer par la porte principale; l’Académie ne devait pas s’attendre à des intrusions, et dans le cas contraire, la porte principale serait le dernier endroit par lequel un intrus chercherait à passer.

Le côté positif, c’était qu’il était possible d’accéder à cette entrée en restant à couvert. Erin passa entre les arches, tachant de rester discrète vis-à-vis des deux gardes postés à l’entrée.

Il y avait effectivement peu de monde. Erin réfléchi un peu, puis s’empara d’une pierre et la lança le plus loin possible de l’autre côté de l’allée. Le bruit alerta les gardes, qui s’écartèrent suffisamment pour qu’Erin passe dans leur dos. Elle utilisa la fausse carte de Pierre pour entrer. La première étape était franchie.

La salle serveur de l’Académie se situait, comme souvent, au sous-sol du bâtiment. Erin atteignit échelle de service qui longeait l’ascenseur, puis commença a descendre. Elle ne pouvait pas prendre l’ascenseur, car celui-ci aurait fait trop de bruit, et elle se serait retrouvée bête si la porte s’était ouverte sur une patrouille. Elle avait choisi d’éviter l’escalier principal, parce qu’il était étroitement surveillé par des caméras de surveillance. L’échelle de service, elle, disposait d’un angle mort à sa sortie, permettant à Erin de rester discrète.

Elle espérait qu’il n’y aurait pas trop de garde. Encore une fois, ils avaient tablés sur le fait que la surveillance serait concentrée sur les dômes, les élèves et sur l’enceinte.

Après de longs moments à longer des couloirs vides, Erin atteignit enfin la salle serveur. Elle se cacha dans un coin, attendant une équipe de sécurité. Elle devait obligatoirement l’attendre, et écouter le code car elle en avait besoin pour le synthétiser avec la voix de M. Garceau.

Après un moment, la patrouille arriva, et le chef dit le mot de passe, qu’Erin s’empressa de noter. La patrouille inspecta la salle, et en ressorti après un petit moment.

Une fois qu’Erin se fut assurée que la patrouille était bien partie, elle s’approcha de la porte. Elle émula la carte de M. Garceau, et lorsque le voyant passa vert, utilisa le synthétiseur vocal afin de dire le code d’accès. Pas de reconnaissance rétinienne.

Erin entra dans la salle, et resta près de la porte. Au-dessus d’elle, une caméra enregistrait tous les mouvements de la salle. Si elle s’approchait d’un poste, elle serait vue par la caméra. Erin la débrancha soigneusement. Mais à présent, il fallait faire vite. Dès que l’agent de sécurité se rendrait compte que la caméra ne fonctionnait plus, il enverrait une patrouille.

Erin se dépêcha d’accéder au premier serveur devant elle. Elle inséra une clef USB et reboota la machine.

Seulement, la machine de démarra pas sur le système d’exploitation de sa clef USB, comme elle l’avait espéré. Il lui fallait donc passer par le BIOS mais il était protégé par un mot de passe. Erin débrancha la machine et l’ouvrit pour accéder à la carte mère. Afin de désactiver la protection, elle chercha le petit cavalier du CMOS, qu’elle déplaça. Elle ralluma la machine, la ré-éteignit, replaça le cavalier dans sa position initiale.

Le BIOS ayant été réinitialisé, elle put y accéder et modifier la séquence de démarrage du serveur afin démarrer sur sa clef USB.

Ayant démarré sur un système linux grâce à sa clef, Erin avait accès au disque dur de la machine, et n’avait donc pas besoin de récupérer le mot de passe du système. Elle avait de la chance, le disque dur n’était pas chiffré.

Elle monta le système de fichiers, puis lança une commande permettant de rechercher sur la partition tous les fichiers ayant des mots clefs relatifs à l’implant et à la barrière de sécurité. Ils avaient bossé dernièrement avec #freedomnia sur une liste de mots clefs intéressants.

Elle n’avait pas le temps de trier les fichiers récupérés pour vérifier s’ils étaient pertinents, mais apparemment, il n’y avait pas grand-chose sur le serveur à propos de l’enceinte électrifiée.

La deuxième étape était plus compliquée, il fallait pirater le système, afin d’y insérer une backdoor. Du bruit dans le couloir... Tant pis pour la backdoor. Elle se contenta de tout mettre sur la clef USB, dans l’idée de trier plus tard, puis la retira, redémarra le système. Avant de sortir de la pièce, elle rebrancha la caméra. Peut-être que les surveillants mettraient le problème de la caméra sur le compte du redémarrage du serveur…

Elle sortit de la salle, et se fondit dans l’ombre au moment où une petite patrouille tournait l’angle. La patrouille entra dans la pièce. Ils n’avaient pas eu l’idée de se retourner. Heureusement pour Erin, car sa cachette n’était pas terrible.

Elle retourna rapidement vers l’échelle de service, remonta, repris la direction de la porte d’entrée.

Les deux gardes étaient toujours là. Elle ne pourrait pas leur rejouer le coup du caillou une deuxième fois dans la même soirée, ou alors, ils étaient vraiment bêtes. Erin remonta le couloir, à la recherche d’une autre sortie. À chaque fois qu’elle pensait en avoir trouvée une, elle s’apercevait de la caméra qui surveillait la porte.

Erin perdait un temps bête. Si ça continuait, elle n’aurait jamais le temps de retourner à sa chambre avant que les surveillants fassent leur ronde du matin. Elle poussa la porte d’une pièce. Vu l’aspect, il s’agissait d’un bureau important. Comme par hasard, et fort heureusement, aucune caméra. La personne qui travaillait ici ne devait pas avoir envie d’être surveillée, tant mieux. Il s’agissait peut être du bureau d’un dirigeant important.

Erin hésita à allumer le PC. Mais cela aurait alerté les gardes. Elle voulut ouvrir les tiroirs du bureau, mais ils étaient verrouillés, et elle ne disposait ni du matériel, ni des compétences nécessaire pour faire du lock-picking.

Son regard s’arrêta sur la poubelle. Du trashing... Manifestement, le propriétaire de ce bureau ne prenait pas la peine de détruire ses documents et les jetaient directement à la poubelle. Ou peut-être que c’était l’équipe de ménage qui s’en chargeait en vidant les poubelles. Quoiqu’il en soit, celle-ci était pleine. Erin en sorti le contenu. Bingo ! Le plan des patrouilles du mois dernier, mais surtout, à l’arrière-plan, l’emplacement des générateurs d’énergie permettant à la barrière électrifiée de fonctionner !

Elle parcourut la pièce du regard. Encore une fois, elle devrait faire de l’escalade… La fenêtre n’était surveillée, mais le bureau se situait en hauteur. Et pas de madriers pour s’aider, ce n’était pas un dôme… Heureusement qu’elle avait fait de l’escalade, dans une vie antérieure…

Après de nombreuses acrobaties, Erin finit par atteindre la terre ferme. Elle se dépêcha de retourner au dôme France. Il était bientôt 6h du matin. Dans quelques minutes, les réveils des élèves sonneraient, et quelques minutes après, les surveillants viendraient vérifier la présence des élèves dans les chambres.

Erin était dégoûtée. Elle n’aurait pas le temps de trouver comment revenir à sa chambre à partir des toilettes. Tout ça pour rien…

Au moment où elle se laissa tomber dans l’herbe par dépit, Erin aperçu Cerise à sa fenêtre. Celle-ci s’inquiétait pour Erin.

Quitte à être prise dehors, autant tenter le tout pour le tout. Erin sorti donc de sa cachette et se mit à un endroit bien visible. Elle fit de grands gestes en direction de Cerise, en espérant que celle-ci la verrait et que personne d’autre ne regardait dehors.

Cerise l’aperçut, et lui fit discrètement signe de repasser par les toilettes. Erin s’exécuta. Elle entra dans le dôme via la fenêtre des toilettes, et passa la tête dans le couloir.

Cerise était à l’autre bout du couloir, un peu plus loin, et simulait de se sentir très mal. Les surveillants s’étaient regroupés autour d’elle. Erin ne chercha pas à comprendre, et fonça dans la chambre. Trente secondes après, des surveillants entrèrent en portant une Cerise qui se cramponnait le ventre sur son lit. Erin les salua, et leur demanda ce qu’il se passait. Ils lui dirent que Cerise avait fait un malaise en se rendant aux toilettes. Cerise fit un clin d’œil à Erin. Au final, elles avaient réussi.