0x0b.02 - La fuite

Ils avaient décidé d’agir vite.

ambroo @ pixabay
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Lorsqu’ils regardaient les autres étudiants sur le campus, ils pouvaient se rendre compte du contrôle de l’Académie. Ils risquaient d’être démasqués à tout moment.

Cerise et Erin avaient posté ce matin des dessins sur le forum, planifiant leur sortie pour ce soir. Cerise se sentait bizarre. Elle n’avait pas envie de laisser Phyl ici, mais en même temps, elle ne pouvait plus rien pour lui. Dans la journée, il paraissait normal, mais il pouvait à tout moment être contrôlé par l’Académie. Et lorsqu’il n’était pas contrôlé, il n’avait pas l’air de se rendre compte de ce qu’il se passait, comme si sa mémoire était affectée.

Elle ne pouvait pas lui dire au revoir, et le pourquoi était évident. Mais maintenant que le départ était imminent, Cerise avait du mal à se convaincre de le laisser là…

Et puis, ils ne savaient pas encore comment libérer les autres étudiants sous contrôle. Ils avaient réussi à désactiver la routine d’être sous contrôle mais n’avaient aucune idée de comment faire lorsque l’étudiant était déjà contrôlé. Ils devraient sûrement se battre contre l’étudiant lui-même pour réussir ne serait-ce qu’à le connecter à un ordinateur… En admettant que l’implant ne prenne pas son hôte en otage.

La seule chose qu’elle pouvait faire, c’était de laisser Phyl ici et d’aider au mieux #freedomnia. Elle savait que c’était ce qu’il y avait de mieux à faire, mais cela ne l’empêchait pas d’être triste.

La nuit allait tomber. Comme de plus en plus d’étudiants étaient sous contrôle, la surveillance et le couvre-feu n’avaient plus vraiment de raison d’être. Celui-ci avait récemment été levé et ils purent réutiliser la vieille méthode qu’ils avaient utilisée auparavant; ne pas retourner à leurs chambres le soir.

Cerise et Erin arrivèrent les premières, après avoir fait un rapide tour de l’enceinte afin de poser des bombes électromagnétiques. Elles regardèrent autour d’elles. Il y avait encore de l’agitation en ville et les étudiants profitaient de la soirée. Erin se demandait pourquoi l’Académie s’embêtait encore avec ça. Pourquoi, maintenant qu’ils étaient quasiment tous sous contrôle, s’embêtait-elle à conserver un semblant de normalité ?

Peut-être qu’il n’était pas possible de contrôler quelqu’un vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Peut être que le contrôle était trop subtile, comme leur faire oublier certains évènements ou leur donner des injonctions, et qu’ils avaient besoin de la coopération des étudiants afin de ne pas avoir de rébellion ?

Victor et Alexis les rejoignirent. Puis, ce fut Zara, Pierre et enfin Fabien. Erin résuma le plan; Victor et Alexis iraient ensemble, Pierre serait avec Zara. Cerise avec Fabien, et Erin s’occuperait du dernier générateur.

L’équipe rejoignit l’arrière de la ville, synchronisèrent leurs montres, puis ils se dispersèrent dans la direction de leurs générateurs respectifs.

À l’heure prévue, les bombes électromagnétiques commencèrent à se mettre en route. Enfin, il fallait espérer. Elles devaient attirer les gardes loin d’ici.

La suite était simple, chaque groupe devait attendre un peu, puis désactiver son générateur à 18h30 pile.

Sauf que.... Fabien empêchait Cerise d’atteindre le générateur.

— « Qu’est ce que tu fout ? On va louper l’heure ! lui demanda-t-elle.

— Espèce d’idiote, je n’ai pas envie de risquer ma vie pour vous deux. Je ne veux pas aller plus loin. Peut-être que l’Académie me réintégrera si je les aide à vous capturer.

— Fabien, tu ne peux pas faire ça ! Tu sais bien que ce n’est pas juste pour nous. C’est au-delà de ça.

— C’est ce que tu dis, mais moi, je veux juste retrouver une vie tranquille.

— Tu crois qu’elle sera tranquille ici ? Faut pas te leurrer, Fabien !

— Elle sera sûrement plus tranquille que celle d’un fugitif, dit-il en s’approchant. Si je t’empêche de désactiver le générateur, les autres ne pourront pas sortir. Et peut-être qu’après ça, l’Académie acceptera de me réintégrer, comme un héros pour vous avoir empêché de partir... Avec un peu de chance, l’implant me permettra même d’oublier que j’ai participé à cette folie. »

Il lui sauta dessus. Fabien essayait d’immobiliser Cerise, qui essaya tant bien que mal d’atteindre le générateur, histoire de le couper pour que les autres puissent enfuir.

Puis, elle changea de stratégie, attrapa une pierre, et lui tapa violement sur la tête. Assommé, il la lâcha, elle désactiva avec un peu de retard son générateur et couru vers la barrière.

— « Ça va, Cerise ? Où est Fabien ? demanda Erin.

— Fabien a pété un câble et voulait nous vendre à l’Académie pour devenir un héros, répondit Cerise.

— Zuut.

— J’ai dû le laisser là-bas. Peut-être que ce qu’il voulait se réalisera après tout, quand il leur expliquera comment il a bravement infiltré le groupe pour nous surprendre… Il pourra se faire lobotomiser tout son saoul. C’est son problème, plus le nôtre. »

Ils ne tardèrent pas à entendre les gardes crier. Ils escaladèrent comme ils purent l’enceinte, en espérant que le courant ne serait pas remis trop rapidement. Puis, ils se mirent rapidement en marche. Zara était très stressée. Elle avait plus que tout souhaité sortir de l’Académie, mais maintenant qu’elle était là, elle se demandait si c’était une bonne idée.

Erin devait donc la remotiver très régulièrement pour permettre à la troupe d’avancer. Mais Zara tenait bon.