0x0b.05 - Sortir de l'impasse

La camionnette suivit la voiture pendant un bon moment. Dans un sens, ça les aidait. Parce que maintenant, ils passaient les barrages sans problèmes. Mais le dépôt où ils devaient soi-disant récupérer les fournitures approchait, et une fois là-bas, ils seraient entourés de gardes et il ne serait plus possible de fuir. Il était effectivement temps d’improviser, et le plus vite possible.

StockSnap @ pixabay
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Kwier arrêta la camionnette. Il sortit et ouvrit le capot. Le garde s’arrêta et s’approcha.

— « Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda-t-il.

— Je ne sais pas, le capot s’est mis à fumer. Peut-être une surchauffe. Après, je suis pas mécano, moi.

— Vous, vous descendez pas, dit-il à l’attention des autres, dans la camionnette. Et vous, dépêchez-vous de remettre ça en marche.

— Ben aidez-moi, espèce de malin, répondit Kwier.

— Ok, ok… »

Et le garde s’approcha.

— « Tenez-moi cette lampe, que j’y vois plus clair. »

Pendant ce temps, à l’arrière de la camionnette, tous se demandaient comment Kwier allait s’en sortir.

— « Il y arrivera jamais seul, dit Zara.

— Pourtant, faut bien se débarrasser de lui, répondit Pierre.

— Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? On ne peut même pas sortir, dit Cerise.

— Victor ? Victor !? chercha Alexis.

— Où est-il passé ? demanda Cerise.

— Je crois qu’il improvise », répondit Alexis.

Effectivement, Victor avait profité de l’inattention générale pour se faufiler à la place du conducteur. Le garde ne pouvait pas le voir avec le capot levé, et comme il aidait Kwier au niveau du moteur, cela faisait un écran.

D’ici, on entendait clairement Kwier baratinant le garde à propos de la jauge d’huile et d’autres éléments mécaniques. Victor se fit le plus discret possible. Il ne voulait blesser personne, mais s’il ne faisait rien, ils finiraient par se faire attraper. Kwier était intelligent, mais il n’y arriverait pas tout seul. Il devait espérer une action de leur part et cherchait à gagner du temps, pour qu’ils fassent quelque chose.

Vu que le moteur était encore en marche, Victor avait l’intention de foncer sur le garde, mais Kwier lui barrait le chemin. Alexis, qui connaissait bien Victor finit par comprendre ce qu’il manigançait.

— « Pourquoi il fait rien ? demanda Pierre.

— Il compte accélérer d’un coup, mais y a Kwier sur le chemin », répondit Alexis.

Alexis ouvrit la porte arrière de la camionnette avec beaucoup de bruit.

— « On sort pas, on sort pas, vous inquiétez pas », dit-il au garde qui passa la tête sur le côté du capot. Victor s’aplatit pour ne pas se faire repérer. Il appela Kwier de son faux nom.

— « John, tu sais que je suis mécanicien à la base et que je suis là juste parce que j’avais besoin de boulot...Je peux peut-être aider ?

— Oui, c’est vrai, il peut aider, dit Kwier au garde.

— OK. Qu’il s’approche. »

Alexis s’approcha. Kwier se demandait bien ce qu’il comptait faire, mais ne dit rien. Alexis se mit de manière flagrante sur le côté du capot.

— « Vous pouvez éclairer par là ? demanda-t-il au garde en la plaçant bien face à la camionnette. Et toi, John, tiens-moi ça, là », dit-il en plaçant Kwier sur le côté de la camionnette.

— « Voilà, c’est bon », dit-il assez fort pour que Victor entende.

Et la camionnette démarra en trombes et percuta la garde. Victor recula, Kwier et Alexis lui sautèrent dessus et le désarmèrent. Le garde était suffisamment sonné pour ne pas réagir beaucoup, mais il n’était pas trop amoché.

— « On le laisse là? demanda Alexis.

— Oui, on peut pas se permettre de le prendre avec nous, répondit Kwier.

— Mais…

— Il y a pas de mais. Et puis, je te rappelle qu’il y a moins d’une heure, il pointait une mitraillette sur toi.

— Je sais, mais quand même.

— Écoute, il est juste sonné. Et y a tellement de patrouilles dans les environs que je suis sûr qu’il sera retrouvé avant le lever du soleil. Et d’ici là, on sera loin. »

Les autres sortirent de la camionnette.

— « Victor, prend le volant de la camionnette. Moi, je vais prendre son képi et sa veste, et je vais prendre sa voiture. Avec un peu de chance, cela devrait nous permettre de passer facilement les prochains barrages. »

Kwier escorta pendant une heure la camionnette, dans la direction opposée au QG, s’arrêtant régulièrement aux barrages pour faire bonne figure.

Grâce à la voiture d’escorte et à la présence charismatique de Kwier, ils ne furent plus embêtée. Plus ils s’éloignaient le l’Académie, plus les barrages se faisaient rares. Enfin, à un moment, Kwier jugea qu’il était temps de se débarrasser de l’uniforme et de la voiture. Juste au cas ou... Si la voiture avait un mouchard, l’Académie pourrait les retrouver.

Ils reprirent la route. Au bout d’un moment, Kwier changea de cap, repartant dans la direction opposée à celle qu’ils prenaient depuis le début, contournant largement la zone de l’Académie et les routes qu’ils avaient empruntées, et arrivèrent finalement au QG de #freedomnia, bien longtemps après que le soleil ne se fut levé, dans un grand soulagement collectif.