0x0c.02 - La suite

Erin retourna dans la cuisine et elle allait y entrer quand elle y vit Kwier et Nightowl qui discutaient. Troublée, elle fit un pas en arrière, prête à retourner dans la salle principale.

MaFree @ pixabay
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— « Eh, Pathfinder, vient donc nous rejoindre », dit Kwier.

Erin s’arrêta, et mit un moment à réaliser que Kwier ne connaissait pas son prénom. En effet, depuis des mois qu’elle communiquait avec lui, elle ne lui avait jamais parlé sous un autre nom que Pathfinder.

— « Erin, je m’appelle Erin.

— Quentin. Moi, c’est Quentin », répondit finalement Kwier en lui faisant un clin d’œil.

Erin se dérida.

— « La plupart du temps, on s’appelle par nos pseudos, dit Nightowl. Moi, c’est Laura, mais j’ai jamais trop aimé mon prénom, je trouve qu’il ne me correspond pas trop, donc je préfère qu’on m’appelle Nightowl. En plus, je trouve que ça me donne un petit côté guérilla, ajouta-t-elle en souriant.

— OK pour Nightowl, alors », répondit Erin.

NightOwl lui proposa une chaise, Erin s’approcha et s’assit.

— « Comment vas-tu ? lui demanda-t-elle. Pas trop fatiguée ?

— Si. Crevée même, mais je n’arriverai jamais à dormir tout de suite. Depuis le temps que j’attends ce moment, et puis, avec tout ce qui s’est passé ce soir. Entre la trahison de Fabien, la grande marche sous la lune, le garde et sa voiture…. Il y a eu beaucoup de choses ce soir et j’ai du mal à tout assimiler.

— Prends ton temps. En tout cas, nous on est bien contents que tu sois là. Et Kwier avait vraiment hâte que tu sortes de là, dit-elle en poussant Kwier du coude. » Kwier rougit...

— « Bon, je vais faire un tour sur #freedomnia, voir ce qu’il se passe et prévenir tout le monde de votre arrivée. À plus et contente d’avoir passé un peu de temps avec toi. »

Elle se leva et laissa Erin et Quentin seuls dans la cuisine.

— « Alors comme ça, tu as un prénom, dit Erin en tentant de détendre l’atmosphère.

— Oui, mais à force d’être Kwier, je fini par ne plus l’utiliser.

— Pourtant, c’est un prénom sympa... »

Il y eut un blanc. Ils ne savaient pas trop quoi se raconter.

— « Et du coup, c’est quoi la suite des évènements ? dit-elle.

— On va mettre en place un labo d’électronique dans la petite grange derrière la maison. Pour bosser sur un prototype d’implant.

— Une grange ?

— Oui, tu n’as pas tout vu. Je pensais que vous étiez fatigués et que vous alliez dormir comme des souches, je m’étais dit que la suite de la visite pouvait attendre.

— Et toi ? Toi aussi tu as passé la nuit avec nous. Même si tu ne t’es pas occupé de la barrière et que tu n’as pas marché le long de la vallée, ta nuit n’a pas été de tout repos.

— Oh, j’ai l’habitude de veiller, répondit Quentin.

— Bon, et si tu me montrais le reste, demanda Erin.

— OK. »

Il se leva et se dirigea vers la porte arrière de la cuisine. Le soleil se levait, et un léger brouillard était descendu sur la vallée. Ils sortirent derrière, marchèrent un peu en direction d’une grange tout près. Kwier ouvrit la porte, Erin passa la tête. A l’intérieur, un peu de matériel informatique et électronique, des postes à souder,…

— « On est en train de faire venir petit à petit du matériel pour faire un vrai labo. Mais Nightowl et moi, on n’est pas vraiment électroniciens, alors même avec les plans de l’implant que tu nous as fourni, on n’arrive pas à en recréer un. Surtout qu’il nous manque plein de matos. C’est entre autres pour ça que d’autres membres de #freedomnia vont arriver sous peu, pour nous aider point de vue électronique.

— Et ensuite ?

— Ensuite, on pourra se battre à forces égales avec l’Académie. »

Erin frissonna.

— « Pour que l’implant marche à son potentiel maximal et que la personne s’interface totalement avec la machine, il faut qu’elle ait déjà de très hautes compétences en informatique. D’où l’idée de l’Académie… Et d’où l’idée d’équiper les membres de #freedomnia. La plupart sont d’anciens collègues à moi, d’autres sont des hackers plutôt compétents. Avec eux à nos côtés, l’interfaçage avec l’implant devrait être facile.

— Des collègues à toi ?

— Oui, tu te rappelles ? Je t’ai déjà dit que j’ai travaillé sur l’implant à son tout début. Au moment où ça a éthiquement commencé à dégénérer, j’ai dit au chef que je refusais de coder une routine permettant de prendre le contrôle du cerveau d’une personne. Plusieurs de mes collègues se sont joint à moi, et au final, on s’est fait viré. »

Quentin fit une pause dans son récit.

— « Je pense que plus haut, ça n’a pas plu. Ils n’ont pas dû être ravis d’apprendre que certains membres du projet avaient été simplement licenciés sans plus de formalités. Ils ont eu peur qu’on dévoile ce qu’il se passait. Plusieurs de mes anciens collègues ont eu des accidents, d’autres ont fait l’objet de chantage. J’ai été contraint de quitter pendant un moment l’Europe, car j’ai eu peur pour ma vie.

— Ouch. Pas cool.

— Hein oui, mais ils allaient pas me laisser rentrer gentiment chez moi et raconter ce qu’ils tramaient à mon entourage et à la presse. Ils ont fait pression sur moi, me menaçant moi et ma famille proche, pour que je ne parle pas. J’ai fini par disparaître dans la nature, pensant que si je disparaissais purement et simplement, ils n’auraient plus aucune raison de s’en prendre à eux. Je suis revenu, et en sous-main j’ai créé #freedomnia. J’ai réussi à retrouver plusieurs de mes collègues qui avaient fui comme moi, et on en est là maintenant. On a tous envie de réparer ce que l’on a causé. Même si à la base, on en faisait que notre boulot.

— En parlant de quitter l’Europe, Zara aimerait rejoindre sa famille, qui habite au Maroc, je crois.

— Et c’est une excellente idée de sa part. Évidemment, je préférerais qu’elle rejoigne #freedomnia, mais si elle ne le sent pas, c’est la meilleure idée qu’elle puisse avoir, et on l’aidera à s’exfiltrer d’Europe. Après tout, ils ont choisi de mettre l’Académie en Roumanie… Il faut juste une petite dizaine d’heures de route pour être en Turquie. Et de là, puisque ce n’est pas encore officiellement l’Europe, elle devrait être libre de prendre un bateau pour le Maroc sans être trop embêtée. Après, même si elle ne veut pas rester ici, elle acceptera peut-être de nous aider via le réseau. Et puis si elle veut pas, tant pis.

— On lui en parlera quand elle sera réveillée. En tout cas, c’est cool que vous l’aidiez, sans rien demander en retour.

— En même temps, la liberté, c’est notre mot d’ordre. Elle doit être libre de faire le choix de nous rejoindre ou non. Pour revenir à ce que je te disais, la suite du plan, c’est de recréer un implant ici, sans la partie contrôle, bien sûr, pour pouvoir être prêts et se battre à armes égales, lorsque l’Académie enverra ses espions sur le réseau. D’ici là, il faut que l’on contacte le plus possible de teams sur le darknet, afin de les prévenir de la menace.

— Pourquoi tu n’as pas commencé avant ? demanda Erin.

— Mais si que j’ai commencé. Enfin, #freedomnia a commencé. Mais pour le moment, on n’a pas réussi à convaincre grand monde. On nous prend surtout pour des fous, des paranos et des complotistes. Tu peux pas savoir le nombre de théories du complot et de personnes pas très saines d’esprit qui traînent sur le net… Ils avaient l’impression que je n’étais qu’un de plus.

— Et maintenant que tu as les caractéristiques de l’implant et que tu nous as sorti de là, tu peux les recontacter.

— Oui, ça devrait aider. Après, il faudra qu’on trouve beaucoup d’alliés. Et le darknet étant surtout fait pour se cacher, il n’est pas facile de débusquer de nouveaux alliés.

— Une fois qu’on aura l’implant totalement opérationnel, de ce que l’on sait, tout sera plus facile. Bon, on ne sais pas trop à quoi il sert, mais tout ce mystère doit être pour quelque chose.

— Oui. Et c’est d’ailleurs pour ça qu’on avait besoin de vous. Entre autres parce que vous, vous avez un implant totalement opérationnel. Et donc, vous pouvez déjà commencer le travail. Pour nous, il faudra du temps. Le temps de faire un implant, de l’implanter, de le laisser s’adapter et de le maîtriser. Ton groupe et toi, vous avait déjà tout fait.

— OK. En fait, nous sortir de l’Académie était totalement intéressé.

— Un petit peu, c’est vrai. En fin au départ. Mais… Même si tu n’avais pas eu cet implant, j’aurais fait tout mon possible pour te sortir de là, Erin », dit Quentin, tout d’un coup troublé.

À ce moment-là, une voiture passa dans le village.

— « On devrait retourner à l’intérieur de la maison. Même s’il y a peu de chance que l’Académie ait des espions par ici, tu ne devrais pas te montrer dehors». Ils se hâtèrent de retourner dans la maison. »

Erin et Quentin finirent par aller se coucher, vaincu par la fatigue de la nuit.