0x0d.01 - Le squat

Après avoir tourné un moment, ils avaient trouvé un squat à Brașov où ils s’étaient terrés quelques jours. En faisant du wardriving, Nightowl et Quentin avaient récupéré internet, via des réseaux wifis non sécurisés ou mal sécurisés. Cela leur avait permis d’avertir #freedomnia de l’incident et de rassurer tout le monde.

qimono @ pixabay
qimono @ pixabay

Zara souhaitait plus que jamais faire un break et rejoindre le Maroc. Fidèle à sa promesse, Quentin passa les jours suivants à planifier son exfiltration. Ils retrouvèrent deux membres de #freedomnia à un point de rendez-vous en centre-ville, et ils dirent au revoir à Zara. Ils allaient la conduire jusqu’à la côte et lui trouver un bateau pour la traversée.

Pierre, lui, tournait comme un lion en cage. Il n’arrivait pas à déterminer s’il voulait aider #freedomnia ou non. D’un côté, il voyait bien que c’était quelque chose d’important, mais d’un autre, il avait peur de redonner sa confiance... D’autant plus qu’il ne voulait plus s’approcher des PC, comme si le simple fait de s’en approcher pouvait réactiver l’implant. Il n’avait pas non plus de famille hors de l’Europe, comme Zara. Mais en même temps, à quoi bon ? Difficile de se reconstruire quand on sait que les autres sont encore là-bas...

L’ambiance du squat était plutôt glauque et ne l’aidait pas à avoir les idées roses.

— « Pierre ? demanda Cerise.

— Oui, Cerise ?

— Comment ça va ?

— Pas top top. Je me demande encore si je vais me réveiller de ce cauchemar.

— Tu sais très bien que tu ne rêves pas, répondit Cerise.

— Oui, malheureusement. Je préférerais…

— Et du coup, tu as décidé quelque chose ? Tu sais que #freedomnia t’apportera toute l’aide dont tu as besoin pour t’exfiltrer d’Europe, si tu le demandes.

— Oui…

— Écoute, arrête un peu ta parano. Il faut qu’à un moment, tu saches ce que tu veux faire. Tu ne peux pas passer tes journées à déambuler comme ça en soupirant. Ça met nos nerfs en pelote. Déjà que l’ambiance n’est pas au beau fixe... »

Pierre s’assit.

— « Cerise, j’y ai réfléchi ces derniers jours. Je vois bien qu’autour de nous, ça bosse dur pour la cause de #freedomnia. Moi aussi, j’aimerais sauver ces milliers de jeunes, qui comme moi, à la base, n’avaient rien demandé.

— Et ? C’est plutôt une bonne nouvelle que tu penses ça. Mais je suppose qu’il y a un mais, puisque tu ne t’es pas encore décidé à agir…

— Avec tout ce qui s’est passé ces derniers temps, franchement, j’ai du mal à faire confiance. Mais en même temps, #freedomnia nous a aidé et nous demande rien, donc je pense qu’ils sont réglos.

— Et du coup, c’est quoi ton problème ?

— Mon problème, là, maintenant, tout de suite, c’est que je ne supporte plus de m’asseoir derrière un PC. Alors ne parlons pas de ce foutu implant. Franchement, Cerise, je me sens incapable d’aider #freedomnia.

— Pierre. Tu n’es pas obligé.

— Oui, je sais. Mais en fait, je me débats avec moi-même. Je ne sais plus ce que je veux. Un jour, je veux rester, le lendemain, je veux partir. Et puis dès que je les vois sur leur PC, je me dis que je leur servirais à rien.

— Pierre, tu ne sers pas à rien. On va aller en parler avec les autres. Je pense que Kwier et Nightowl peuvent avoir besoin de toi de bien des manières, et pas forcément que parce que tu as un implant. Tu sais, si tu leur en parles, ils comprendront. Jamais ils ne te forceront à l’utiliser. »

Nightowl et Quentin, qui avaient été très occupés depuis l’arrivée dans le squat, prirent le temps de discuter avec Pierre.

— « En fait, ce qu’il nous faudrait, c’est un nouvel endroit... Brașov, c’est trop loin de l’Académie, on ne sait plus ce qu’il se passe là-bas. En plus, ici, on n’a pas pu mettre en place de techniques poussées pour dissimuler nos traces, dit Quentin.

— Surtout que cet endroit, franchement, il craint, rajouta Nightowl. Entre les murs qui tombent en ruine, le fait qu’on manque de s’électrocuter à chaque instant, les autres squatteurs...

— Je pense que tu pourrais nous aider en mettant en place un nouveau QG, finit Quentin. Choisis un village, pas trop loin de l’Académie, pour qu’on puisse continuer à se tenir au courant des ravitaillements, des foires et autre...

— OK. Ça je peux faire », répondit Pierre.