0x0e.03 - Rapprochement

Ils avaient passé les derniers jours à étudier les données recueillies.

Il s’avéra que le programme était un moyen nouveau d’interfacer avec l’ordinateur et le réseau, la personne faisant partie intégrante du tout. Chacun visualisait de manière différente la chose, en fonction de son imagination, de ses sens et de son vécu. Ce qui expliquait entre autres pourquoi Erin avait vu des rivières alors que Cerise y voyait des routes.

Ou encore, pourquoi les jumeaux avaient eu du mal à s’interfacer avec le programme. Car ils ne semblaient «complets» que lorsqu’ils étaient ensemble. Oui, ils étaient capables de faire des choses séparément, mais on aurait dit que le programme avait cherché à les rassembler pour créer une unique entité virtuelle pour deux. Mais comme ils ne savaient pas où ils avaient mis les pieds, ils ne savaient pas comment communiquer l’un avec l’autre, et la représentation virtuelle n’avait pas réussi à se stabiliser.

Il s’avéra aussi, après avoir rapproché les données obtenues, que le fameux flux que Erin avait aperçu était des données envoyées vers l’Académie. Comme le réseau était cloisonné, elles ne pouvaient pas sortir sur internet pour aller « moucharder ».

En tous les cas, cette première tentative était prometteuse. Grâce à ce super outil qu’était l’implant, ils pourraient naviguer sur internet sans limites, et trouver des teams de hackers dans des endroits inaccessibles.

Mais pour cela, il fallait, dans un premier temps, redévelopper leur propre programme, pour éviter tout mouchard de l’Académie ou routines non identifiées. Il faudrait également d’autres implants, pour qu’ils soient plus nombreux.

Et puis, il faudrait aussi beaucoup d’entraînement. Car ce n’était pas que de l’amusement. Se balader sur le réseau de cette manière pouvait être dangereux. C’était un peu comme si on séparait pendant un moment la conscience du corps. Et il fallait retrouver son point de départ pour pouvoir sortir de là. Ils n’avaient aucune idée de ce qu’il se passerait en cas de coupure de courant ou incidents du genre. Débrancher l’utilisateur le ramènerait-il ? Les documents de l’Académie ne permettaient pas de le savoir, et personne ne voulait véritablement tester.

Les jumeaux devraient s’exercer plus particulièrement pour réussir à se coordonner. Enfin, une fois qu’ils auraient réussi à recréer leur propre programme.

Ce soir-là, Erin retrouva Quentin dans la cuisine.

— « Salut Quentin.

— Salut Erin, tout va bien ?

— Je réfléchissais à un truc.

— Ah bon ?

— Imagine si l’armée avait accès à ce genre de technologie ?

— Ça serait pas cool.

— Carrément. »

Ils restèrent un moment sans parler.

— « Je pense qu’Alexis et Victor ne vont pas fort…

— Oh. Qu’est-ce qu’il se passe ?

— C’est cette histoire d’implant. Ça leur a mis un coup au moral de se rendre compte que ce qui fait leur force d’habitude pouvait être une faiblesse.

— À ce point-là ?

— Oui, tu sais, la motivation qu’ils ont pour le projet est en grande partie due au fait qu’ils sont deux. Cela leur permet de dépasser leurs peurs.

— C’est beau d’avoir quelqu’un comme ça sur qui compter… », dit simplement Quentin.

Il y eut un grand silence… Puis Quentin reprit.

— « Et toi, tu as peur ? »

Erin réfléchit.

— « Évidement. Tout le monde dans ce cas aurait peur. Je pense que ceux qui n’auraient pas peur seraient fous. C’est juste qu’il est possible d’avancer, même en ayant peur, quand on est convaincu de ce qu’on fait.

— Oui, et ça s’appelle le vrai courage. »

Quentin s’approcha de Erin.

— « Tu sais, je t’admire, Erin. Après tout ce que tu as traversé là-bas, tu arrives encore à te battre et avoir les pieds sur terre.

— Cerise aussi.

— Oui, mais Cerise n’est ici que parce que tu es là. Elle te suit, tu sais.

— Parce qu’elle est mon amie.

— Parce qu’elle t’admire… On ne suit pas quelqu’un dans une entreprise qui peut-être suicidaire juste parce qu’on est amis. On le suit parce qu’on a confiance en lui et en ses capacités à nous sortir des problèmes.

— Si tu le dis. »

Quentin s’approcha encore.

— « Tu as beaucoup de qualités, Erin, plus que tu ne l’imagines. Et par tes actes, tu inspires les gens. »

Quentin pris les mains de Erin, qui ne fit rien pour les retirer.

— « Depuis le temps que l’on discute ensemble, j’ai l’impression de te connaître depuis toujours… Si j’osais… »

Et Quentin embrassa Erin. Elle se blottit dans ses bras. Ils restèrent un long moment comme ça, sans rien se dire. En fait, chacun d’eux avaient rêvé de ce moment… Cela paraissait normal. Ils avaient l’impression de se connaître depuis toujours.

Erin finit par s’écarter.

— « Et Nightowl dans tout ça.

— Quoi Nightowl ?

Nightowl et toi ?

— Il y a rien entre Nightowl et moi. On est juste copains.

— OK. J’aurais juré qu’il y avait plus.

— En fait, effectivement, il y a eu plus, mais c’est de l’histoire ancienne.

— OK. »

Ils restèrent encore un moment côte à côte, à observer l’extérieur à partir de la fenêtre de la cuisine. Ils ne sortaient presque jamais, afin de ne pas se faire repérer.

— « Pour en revenir à Alexis et Victor…

— Pourquoi faut-il toujours que tu ramènes tout à des questions très terre à terre.

— Parce que c’est moi, je suis comme ça. Et qu’on a une mission à accomplir…

— Oui, je sais très bien, dit Quentin. Et c’est entre autres pour ça que je t’aime. Mais j’avais envie d’oublier un peu pour un petit moment et de profiter un peu.

— Oui, tu as raison, on en parlera plus tard. »