Sur l’onde de choc

aryliin , tbowan

8 Juin 2020

Référence du cyberpunk dont il est l’ancêtre, sur l’onde de choc vous plonge dans un futur 2010 qui ressemble au vrai et pose la question de la surveillance omniprésente dans une société de l’information.

Présentation

En 2010, les Etats-Unis se trouvent enserrés dans un réseau informatique qui détient toutes les données concernant les citoyens, les firmes, les institutions du pays. Rien n’échappe aux ordinateurs, rien ou presque.

Rien non plus ne devrait échapper aux hommes puisqu’un code leur donne accès à toutes ces informations, enfin presque. Quelques-unes relèvent d’un code supérieur, réservé… A qui ?

C’est là une angoisse de plus pour ces hommes frappés de plein fouet par l’onde de choc du futur — maelström de mutations et de migrations qui les emporte tous. Tous ou presque.

Car Nickie Halflinger, informaticien génial et esprit rebelle, veut la ruine du réseau. Mais que peut-il seul, face à un monde totalement soumis aux ordinateurs ?

Par John Brunner, traduit par Guy Abadia, paru chez Robert LAFFONT (collection Ailleurs et demain) en 1977, ISBN 2-221-01709-4, chez J’ai lu (collection Science-fiction) en 1982, ISBN 2-277-21368-3, chez Le livre de poche (collection Science-fiction) en 1990, ISBN 2-253-05270-1 et chez Mnémos (recueil La tétralogie noire) en 2018, ISBN 9782-35408-691-6.

L’avis des arsouyes

⭐️ Référence

Ce livre est l’ancêtre du cyberpunk1 ; il contient tous les éléments qui seront ensuite repris systématiquement dans ce genre : futur proche, société technologique et ce qui différencie le cyberpunk d’autres genres proches (anticipations et dystopies), le hacking et le pouvoir des multinationales.

😃 aryliin

Après un début laborieux, où il faut se faire au style de l’auteur et aux termes employés, on se laisse prendre par l’histoire et on a envie de savoir comment ça finit.

Il est difficile de se faire aux termes employés par l’auteur, parce qu’en 1975, date de sa parution, l’informatique et le réseau tels qu’on les connaît aujourd’hui n’en sont qu’a leurs balbutiements. L’auteur invente donc des termes pour décrire des éléments de son univers. Ce qu’il nomme couleuvre pourrait se traduire par ver, ce qu’il nomme viphone, par smartphone ou par ordinateur portable…

Le héros est très intelligent et extrêmement doué en informatique. C’est intéressant de voir comment il arrive à se sortir de quasiment toutes les situation grâce à ça, et non grâce à la chance ou une intervention divine.

Certains sujets, comme la surveillance à outrance des gens, sont tout à fait d’actualité. Seulement, celle-ci est exercée par les états. Et c’est intéressant de voir les différents points de vue de ses personnages sur le sujet.

😃 tbowan

Lire sur l’onde de choc, c’est un peut comme utiliser emacs… Il n’y a pas de tutoriel ou d’introduction pour vous accompagner, vous êtes tout de suite confronté, ou plutôt submergé, par les informations. Heureusement, une fois pris en main, il se révèle agréable et même facile à lire.

D’emblée, j’ai senti une certaine filiation avec 1984 : la surveillance omniprésente et omnisciente de la population et, surtout, la mise à nu du héros lors de son interrogatoire au début de l’histoire. Mais ces histoires sont fondamentalement différentes.

Tout d’abord, là où, dans 1984, le contrôle de la population tiens plus d’une dictature et de la micro-gestion, il est ici plus libéral : les individus restent libres de penser et d’agir, le contrôle de l’état se faisant sur les informations disponibles pour induire des comportements de masses (i.e. la manipulation des cotes des paris delphiques), les utopies et déviances étant tolérées tant qu’elles restent minoritaires et sans influence sur le reste de la population.

De même, là où 1984 n’envisage pas d’échappatoire à la manipulation des masses par les élites, l’auteur nous proposes ici une sortie populiste : l’accès libre à toutes les informations confidentielles (et scandaleuses) lui rendra le contrôle de la démocratie. Un WikiLeaks avec 40 ans d’avance.

Tout comme emacs, ce livre est une référence qu’il faut avoir manipulé pour se faire son idée. Certains seront convaincus, d’autres un peu déçus. Moi, je préfère vim.


  1. Cyberpunk and Cyberculture: Science Fiction and the Work of William Gibson↩︎

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