Informatique pénale

Aujourd’hui, je viens de refermer le scellé sur lequel je travaillais depuis plusieurs jours.

Le juge d’instruction se posait une question. Alors j’ai ouvert ce téléphone et je me suis plongé dans son contenu, ses messages, ses photos, ses vidéos. J’en ai extrait les éléments utiles à la manifestation de la vérité et j’ai consigné mes observations dans un rapport. J’ai apporté des éléments de réponse, ma mission est accomplie.

Je pourrais en faire un article... raconter comment j’ai suivi des pistes, comment contourner ces protections, comment j’ai finalement trouvé des preuves. Bref, comment j’ai sauvé le monde. C’est bon pour l’image de marque il paraît.

Mais on passerait à côté du plus important.

© Bananayota @ Pixabay
© Bananayota @ Pixabay

L’espace d’une expertise, j’ai surtout fait la connaissance d’un inconnu, j’ai vu le monde à travers ses yeux, j’ai partagé ses souvenirs. Dont certaines étaient pourtant cachés. Malgré tout le recul dont je peux faire preuve, je ne peux m’empêcher d’avoir de l’empathie pour lui.

J’ai rencontré une solitude qui cherchait, vaille que vaille, un sens à la vie. Un mode d’emploi pour la traverser et s’en sortir. Et a cru trouver des réponses dans les réseaux sociaux...

Elle n’y a trouvé qu’une nouvelle addiction qui l’a enfermée définitivement dans une bulle étanche au reste du monde. Elle s’est progressivement isolée et éloignée des siens. Ses repères se sont troublés, les barrières sont devenues floues.

Jusqu’à ce que la limite soit franchie, que la justice s’en saisisse, et que son téléphone aboutisse sur mon bureau pour trouver des réponses. Mais même quand j’en trouve, qu’importe, il est trop tard.

Alors, comme chaque fois que je rend mon rapport, j’ai des accords mineurs plein la tête en pensant à toutes ces vies qui, croyant y trouver de l’aide, se perdent dans le cyberespace.